Pluie de condamnations sur le cercle Wagram

wagram_700-350Le procès du cercle Wagram a connu son épilogue hier, à Paris. La justice a estimé que Jean-Angelo Guazelli, condamné à trois ans de prison, était bel et bien le boss « d’une équipe mafieuse qui avait mis la main sur le cercle Wagram. »

Visages fermés, accolades discrètement données par les proches quelques minutes avant l’audience et enfin silence de cathédrale à la lecture du jugement : les prévenus dans l’affaire du cercle Wagram n’en menaient pas large, hier, à l’heure de connaître le sort que leur réservait les juges de la 16ème chambre correctionnelle du tribunal de Paris. Pourtant, les minutieux débats menés pendant près de trois semaines sous les boiseries de l’antique salle d’audience n’avaient pas réussi à chasser entièrement le doute : le procès du cercle Wagram, bâti sur un fragile édifice juridique, allait-il tourner au fiasco pour l’accusation ? En condamnant 5 des 16 prévenus, dont le parrain Jean-Angelo Guazelli, à de la prison ferme, le tribunal présidé par Denis Couhé a répondu par la négative hier, en début d’après-midi.

Pour faire la lumière sur cette rocambolesque organisation, les magistrats devaient se prononcer sur trois chefs d’accusation : travail dissimulé, abus de confiance et association de malfaiteurs. Le travail dissimulé permettait de faire circuler les enveloppes, l’abus de confiance au détriment du cercle était caractérisé par le système des « banquiers de paille » et l’association de malfaiteurs procédait de la pérennisation de l’ensemble du système par les responsables du cercle. Tout en haut de l’édifice, Jean-Angelo Guazelli a écopé de trois ans de prison, dont un avec sursis. Pour le tribunal, « même si l’instruction puis les débats n’ont pas permis de déterminer son appartenance à la Brise de Mer », pas plus d’ailleurs que l’existence même de cette organisation criminelle, il était bien le parrain. L’homme d’ « une équipe mafieuse qui avait mis la main sur le cercle Wagram » et en retirait de confortables subsides, de l’ordre de 100 000 € par semaine à la belle époque. M. Guazelli a été par ailleurs condamné à payer une amende de 100 000 €. Il n’est toutefois pas retourné en prison à l’issue de l’audience, contrairement à ce que réclamait le parquet. Ayant déjà passé 16 mois en détention, il devrait pouvoir négocier un aménagement de peine pour les 8 mois restant.

Afin de faire fonctionner le cercle, Angelo Guazelli avait toutefois besoin d’auxiliaires. C’est à ce titre que les trois directeurs des jeux, Michel Ferracci, Pascal Arrighi et Arnaud Graziani, ont été condamnés par les juges. Graziani, qui ne semble pas s’être enrichi personnellement dans l’affaire, écope d’une peine avec sursis. Tous comme Ferracci et Arrighi. Pour les juges, « l’ancienneté et la parfaite connaissance du système des banquiers de paille » dont faisait preuve ce dernier l’avaient cependant forcément amené à découvrir le pot aux roses.

La garde rapprochée de Guazelli, elle, s’est vue notifier des peines plus lourdes. Le « mage » Jean Testanière, membre du conseil d’administration du cercle, qui s’était vanté d’être « les yeux et les oreilles de Guazelli », a été condamné à deux ans de prison dont un avec sursis. Il ne pourra en outre plus exercer de quelconque fonction dans le secteur des jeux d’argent. Le trésorier du cercle Jean-François Rossi, « qui fonctionnait en parfait duo avec M. Testanière », s’est amusé le président Couhé, a poussé le mimétisme jusqu’à recevoir exactement la même condamnation que son compère. L’ancien flic Honoré Renon, président du conseil d’administration, considéré par les magistrats comme « dirigeant de droit et de fait » a récolté une peine d’un an de prison avec sursis. Pour Jean Casta, l’élu porteur de valises, « la réalité des transferts de fond » n’étant selon le tribunal « pas contestable », la peine est de deux ans de prison, dont un avec sursis. Seule rescapée de ce premier cercle, Valérie Daydé, compagne de Guazelli, a été relaxée. Sa villa à 750 000 €, dont la confiscation avait été requise, lui sera également restituée. Les personnes condamnées ont dix jours pour faire appel.


Réaction :

Maître Sophie Bottai, avocat de Jean Testanière :

« Le tribunal a eu le souci de rappeler que la gestion de fait reprochée à Jean Testanière ne lui a pas rapporté une seul centime. Il n’avait aucun intérêt personnel. C’est vrai qu’il était là, dans ce cercle, et qu’on en a déduit qu’il était gérant de fait. J’aurais préféré qu’il soit totalement écarté, mais compte tenu de la peine qu’il déjà effectuée, il n’aura plus à retourner en détention et c’est ça le plus important. Je ne pense pas que nous ferons appel ».

Sur le procès dans son ensemble : « Ce sont des condamnations mesurées. On a la sensation que les juges ont compris les profils des uns et des autres. »


Le détail des condamnations : 

Jean-Angelo Guazelli : trois ans de prison dont un avec sursis, 100 000 € d’amende, confiscation des biens saisis.
Valérie Daydé : Relaxe, restitution des biens saisis.
Jean Casta : deux ans de prison dont un avec sursis.
Honoré Renon : un an de prison avec sursis, interdiction d’exercer dans le secteur des jeux d’argent pendant 5 ans, confiscation des biens placés sous scellés.
Jean-François Rossi : Deux ans de prison dont un avec sursis, interdiction définitive d’exercer dans le secteur des jeux d’argent, rejet de la demande de restitution des biens saisis.
Jean Testanière : Deux ans de prison dont un avec sursis, interdiction définitive d’exercer dans le secteur des jeux d’argent, confiscation des biens saisis.
Michel Ferracci : dix-huit mois de prison avec sursis, interdiction d’exercer dans le secteur des jeux d’argent pendant 5 ans, confiscation des biens saisis.
Arnaud Graziani : dix-huit mois de prison avec sursis, interdiction d’exercer dans le secteur des jeux d’argent pendant 5 ans, confiscation des biens saisis.
Pascal Arrighi : un an de prison avec sursis, confiscation des biens saisis.
Marie-Françoise Tomey-Gil : 10 000 € d’amende.
Marie-Claire Giacomini : 5 000 € d’amende.
Nadji Boypa : quatre mois de prison avec sursis, 10 000 € d’amende.
Ali Kolingar : six mois de prison avec sursis, confiscation des biens saisis.
Laurent Bastian : six mois de prison ferme, confiscation des biens saisis.
Thierry Thill-Bolleret : 3 000 € d’amende avec sursis.
Associations Wagram et Eldo : relaxées en tant que personne morale.

Messieurs Renon, Rosio et Testanière devront verser 1€ de dommages et intérêts au cercle Wagram, dont la constitution de partie civile a été retenue. Ils s’acquitteront en outre d’une amende de 1 000 €.

© ALP / 2013